Archive pour la catégorie 'Machine'

22
jan
08

Remontant spécial

Il reste du foie de veau ?

Foutez-moi la paix avec votre foie de veau, si vous continuez à bouffer comme ça, vous allez éclater, oui littéralement, é-cla-ter, elle est folle, vous voyez, me regardant fixement, quand on est gentille avec elle, elle finit par vous mordre, il faut arreter de bouffer comme ça ma vieille, je sais ce que vous allez me dire là Gertrude, hein ? que les obèses vont finir par gagner leurs procès contre les compagnies aériennes, c’est ça, oui, vous etes d’un répétitif, que c’est discriminatoire de faire payer deux places pour une seule personne, je connais le scénario, vous m’emmerdez avec le Discriminatoire, je vais vous soigner moi, elle s’avance toujours tesson à la main.

Dessert ?

Deessseeert, je hurle pour changer de sujet, j’ai fourré discrètement un remontant spécial dans le gateau au chocolat, je me suis glissée en accéléré dans la cuisine, et hop voilà le caniche blanc taillé genre boule de buis dans un jardin de curé qui se met à sauter plus haut que la table pour attraper des morceaux de viande, ça saute, image par image, tac-tac, couleurs irradiées, autochromes de fruits sur nappe blanche, prunes bleuies, nature morte au ralenti, chien-chien, remontant spécial, moteur.

Et puis après on a dansé toute l’après-midi.

11
nov
07

Dérive électrique

Petit à petit, la techno-démocratie végasienne du fun a mis au point sa drogue dure mais inoffensive qui, agissant directement sur les nerfs par stimulation électro-visuelle, panse les blessures sociales de manière plus profonde que n’importe quel autre stupéfiant. Les nouveaux parcs d’attraction comme les hôtels-casinos ont modifié la quête de la génération du flower-power d’une extase corporelle qui sort de l’ordinaire, d’une ouverture communautaire à une nouvelle sorte d’expérience holiste, d’un moment unique qui donnerait sens au reste de notre vie, en une dérive électrique qui doit conduire le spectateur à une forme irréversible de choc sensoriel. Las Vegas a traduit les paradis artificiels en éden de l’artifice. Avec force jeux et publicités, elle a fait de la transcendance du banal un commerce, du prodigieux un négoce. Cette force hallucinatoire de Las Vegas est telle que les néo-hippies, qui parodient aujourd’hui la contre-culture des sixties et se donnent rendez-vous chaque été dans le nord du désert du Nevada pour une fête orgiaque, “l’homme en feu”, reproduisent sans le savoir, en les détournant, les règles du parc d’attractions et des casinos à thème. Contredire, c’est encore imiter.

14
sept
07

Le train, la foule, et l’électricité

Il y avait la foule sur le quai, des chiens en laisse, des chiens errants, des jupes, des pantalons, des Anglais, des étrangers dont neuf Américains dont trois Noirs, et alors un train est passé qui ne s’arrêterait pas en gare, et le speaker a mis en garde comme il se doit, et personne ne l’a écouté, tous sont restés en bordure du quai, et quand le train est passé ils ont tout pris son énergie, tout pris sa fougue, tout inhalé l’air qu’il fendait et brûlait en le fendant. La foule ainsi s’est échauffée échauffée, a commencé à tourner sur elle-même, à fabriquer de l’électricité statique, et ce trop-plein d’énergie en elle s’est allé synthétiser en tornade puis exploser contre le mur, et il y a eu deux corps en plus, et la dernière lettre de l’un était l’initiale de l’autre. Mick et Keith étaient nés, de l’accouplement d’une foule et d’un train. De l’étincelle issue du frottement des gens contre la machine.

18
août
07

Serviteurs et rebelles

Des intelligences vivantes, les unes se dépensent à servir la machine, les autres à la construire, les autres à prévoir ou à préparer une plus puissante ; enfin, une dernière catégorie d’esprits se consume à essayer d’échapper à la domination de la machine. Ces intelligences rebelles sentent avec horreur se substituer à ce tout complet et autonome qu’était l’âme des anciens hommes je ne sais quel daimôn inférieur qui ne veut que collaborer, s’agglomérer, trouver son apaisement dans la dépendance, son bonheur dans un système fermé qui se fermera d’autant mieux sur soi-même qu’il sera plus exactement créé par l’homme pour l’homme. Mais c’est une définition nouvelle de l’homme.

18
août
07

Barrières

Il n’y a pas besoin de science-fiction pour concevoir un mécanisme de contrôle qui donne à chaque instant la position d’un élément en milieu ouvert, animal dans une réserve, homme dans une entreprise (collier électronique). Félix Guattari imaginait une ville où chacun pouvait quitter son appartement, sa rue, son quartier, grâce à sa carte électronique (dividuelle) qui faisait lever telle ou telle barrière ; mais aussi bien la carte pouvait être recrachée tel jour, ou entre telles heures ; ce qui compte n’est pas la barrière, mais l’ordinateur qui repère la position de chacun, licite ou illicite, et opère une modulation universelle.

18
août
07

Définitions

La machine, – c’est-à-dire le monde occidental, – ne pouvait qu’elle ne s’en prît quelque jour à ces hommes indéfinis, – parfois incommensurables, – qu’elle trouvait en elle-même.

Nous assistons donc à l’attaque de la masse indéfinissable par la volonté ou la nécessité de définition. Lois fiscales, lois économiques, règlementation du travail, et surtout modifications profondes de la technique générale, tout s’emploie à dénombrer, à assimiler, à niveler, à encadrer, à ordonner cette population interne d’indéfinissables et d’isolés par nature, qui constitue une partie des intellectuels, – l’autre partie, plus aisément absorbable, devant être, d’ailleurs, redéfinie et reclassée.

18
août
07

Troisième espèce

Il est facile de faire correspondre à chaque société des types de machines, non pas que les machines soient déterminantes, mais parce qu’elles expriment les formes sociales capables de leur donner naissance et de s’en servir. Les vieilles sociétés de souveraineté maniaient des machines simples, leviers, poulies, horloges ; mais les sociétés disciplinaires récentes avaient pour équipement des machines énergétiques, avec le danger passif de l’entropie, et le danger actif du sabotage ; les sociétés de contrôle opèrent par machines de troisième espèce, machines informatiques et ordinateurs dont le danger passif est le brouillage, et l’actif, le piratage et l’introduction de virus. Ce n’est pas une évolution technologique sans être plus profondément une mutation du capitalisme. C’est une mutation déjà bien connue qui peut se résumer ainsi : le capitalisme du XIXè siècle est à concentration, pour la production, et de propriété. Il érige donc l’usine en milieu d’enfermement, le capitaliste étant propriétaire des moyens de production, mais aussi éventuellement propriétaire d’autres milieux conçus par analogie (la maison familiale de l’ouvrier, l’école). Quant au marché, il est conquis tantôt par spécialisation, tantôt par colonisation, tantôt par abaissement des coûts de production.

Mais, dans la situation actuelle, le capitalisme n’est plus pour la production, qu’il relègue souvent dans la périphérie du tiers monde, même sous les formes complexes du textile, de la métallurgie ou du pétrole. C’est un capitalisme de surproduction. Il n’achète plus des matières premières et ne vend plus des produits tout faits : il achète les produits tout faits, ou monte des pièces détachées. Ce qu’il veut vendre, c’est des services, et ce qu’il veut acheter, ce sont des actions. Ce n’est plus un capitalisme pour la production, mais pour le produit, c’est-à-dire pour la vente ou pour le marché. Aussi est-il essentiellement dispersif, et l’usine a cédé la place à l’entreprise. La famille, l’école, l’armée, l’usine ne sont plus des milieux analogiques distincts qui convergent vers un propriétaire, État ou puissance privée, mais les figures chiffrées, déformables et transformables, d’une même entreprise qui n’a plus que des gestionnaires. Même l’art a quitté les milieux clos pour entrer dans les circuits ouverts de la banque. Les conquêtes de marché se font par prise de contrôle et non plus par formation de discipline, par fixation des cours plus encore que par abaissement des coûts, par transformation de produit plus que par spécialisation de production. La corruption y gagne une nouvelle puissance. Le service de vente est devenu le centre ou l’« âme » de l’entreprise. On nous apprend que les entreprises ont une âme, ce qui est bien la nouvelle la plus terrifiante du monde. Le marketing est maintenant l’instrument du contrôle social, et forme la race impudente de nos maîtres.

18
août
07

Empire mécanique

Notre civilisation prend, ou tend à prendre, la structure et les qualités d’une machine. La machine ne souffre pas que son empire ne soit pas universel, et que des êtres subsistent, étrangers à son acte, extérieurs à tout fonctionnement. Elle ne peut, d’autre part, s’accommoder d’existences indéterminées dans sa sphère d’action. Son exactitude qui lui est essentielle, ne peut tolérer le vague ni le caprice social; sa bonne marche est incompatible avec les situations irrégulières. Elle ne peut admettre que personne demeure, de qui le rôle et les conditions d’existence ne soient précisément définis. Elle tend à éliminer les individus imprécis à son point de vue, et à reclasser les autres, sans égards au passé – ni même à l’avenir de l’espèce.