Archive pour la catégorie 'Communication'

01
déc
07

J’y étais

Or si l’on prend le temps d’observer ce qui s’éprouve réellement à Las Vegas en termes d’actes et de faits, force est de constater que cette expérience est surtout exceptionnelle par sa brièveté : elle se réduit à l’instant quasi irréel de l’émotion immédiate. Une expérience brutale, sauvage et instantanée, sans experientia ni experimentum, où ce qui est à proprement parler empirique disparaît tout de go sous une forme chimérique : res ficta.

Une expérience confinée au choc de l’impression soudaine qui n’a plus le temps de se décanter lentement dans le sentiment ou l’idée, de ses laisser éprouver, de se prolonger en souvenir frais, mais qui disparaît aussitôt qu’elle est apparue, comme un éclair sensoriel aussi intense qu’oublié, comme un stimulus sans réponse, où l’absence de réaction n’est tributaire que d’une nouvelle décharge.

Dans ce laboratoire vivant du jeu et de l’entertainment, le spectacle sous son ancienne forme du show est désormais entièrement révolu, il appartient à l’ère anachronique de la séparation et de la distance. Naît une période nouvelle, celle de l’interaction fusionnelle et virtuelle, des expériences directes in medias res qui vont nous laisser une marque violente mais fugace, un impact traumatique dans la peau, une blessure de plaisir qui nous fera dire : j’y étais.

29
nov
07

Définir le “fun” ?

Avec un sentiment dépourvu de toute honte, le fun ce mot quasi indéfinissable, associe exagération hystérique et mollesse affective. Telle couleur d’un capot de voiture est fun, telle mimique du robot clown du Circus Circus est fun, telle blague du croupier du Stardust est fun. Mais il est très difficile d’expliquer en soi ce qu’est le fun. Par fun, l’américain entend peut-etre une sorte de sensation bizarre mais relativement commune où alternent une exaltation soudaine et une passivité qui ne porte pas à conséquence. Ce n’est pas en tout cas le simple amusement, passager et léger, car le fun exige en vérité un investissement total de la personne qui, pourtant, ne lui laisse aucun souvenir.

10
nov
07

Divertissement

Si l’on se plaît au jeu de la comparaison des générations, on peut alors affirmer que les parcs d’attractions avec leur orgie technologique et leur myriade de divertissements fantaisistes ont réussi là où les principes de vie des hippies et des contestataires des années soixante ont, à l’échelle d’une communauté tout entière, échoué. Au demeurant, l’expérience de Las Vegas, et son test du néon, a obtenu un franc succès bien au-delà des expériences psychédéliques des Merry Pranksters de Ken Kesey. Et, quantitativement parlant, elle est bien plus efficace que toute tentative d’hallucination fournie par des moyens artificiels. Si, dans Fear and Loathing Las Vegas, avec une intuition géniale, Hunter Thompson a tenu à marquer le moment historique dela fin de l’ère hippie du flower power lors d’une virée aléatoire dans la cité du jeu, c’est jutement parce que Las Vegas, grâce à son décorum factice, libère une puissance hallucinogène assurément plus forte que n’importe quelle drogue concoctée par Timothy Leary. [...] En vertu de son délire visuel et urbain, de sa continuelle drogue électrochimique, Las Vegas rend à dire vrai tout à fait ridicule, par sa pauvreté sensorielle, l’ingurgitation de stupéfiants. Elle fait des camés des sixties de pâles imitations, encore trop cérébrales, du client avachi devant la machine à sous d’un casino à thèmes.

Comme pour contrer inconsciemment sur son propre terrain le mouvement de contestation des années soixante, porteur d’une éthique de l’irréalité, la société américaine a recyclé ce désir d’un dérèglement absolu des sens mais elle lui a donné une valeur hygiénique et sociale : le divertissement.

03
nov
07

Fun addicts

Désormais, toute l’Amérique se shoote sans crainte ni remords au fun, s’injecte allègrement dans les veines de grandes rasades d’attractions visuelles avec des seringues stérilisées qui ont la forme de lunettes spéciales pour voir en trois dimensions ou d’écouteurs sétérophoniques pour enter en contact multisensoriel avec les baleines blanches. L’expérience des limites dans les limites de l’expérience, voilà la combinaison subtile concoctée par l’industrie du spectacle. Un délire de formes et de sensations, mais strictement conçu et contrôlé. Les ingénieurs et les producteurs des firmes qui composent les spectacles laser ou digitaux ont très vite compris que les “portes de la perception” s’ouvrent bien plus largement sur des Montagnes Russes, à trois cent cinquante mètres du sol, bombardées de hard-rock et d’effets pyrotechniques à couper le souffle, qu’avec une simple prise de mescaline ou de LSD.

27
août
07

Presse

L’on put tout dire. Mais aussitôt rien ne faisait plus d’effet.

– L’effet produit commença à paraître dépendre des lois simples – tout étrangères à la chose proclamée.

Le son produit dans un milieu sans obstacle existe peu ; le son produit en concurrence avec une foule et une fréquence extrêmes d’autres sons existe moins encore.

Il fallut renforcer – multiplier les effets (1840).

La presse, la radio, le cinéma tendant à la ruine de la culture.

Et tous les moyens de dispersion à base d’intensité et de vanité.

Ils sont, d’ailleurs, dominés par des fins politiques et commerciales. Politique et commercialisation (économie) étant choses statistiques, et donc ennemies de la culture.

Les mesures contr’elles prises par les États dictatoriaux sont, d’autre part, dirigées contre la culture hétérodoxe.

15
août
07

Création et communication

Qu’est-ce que l’acte de création ? Eh bien, je me dis, vous voyez bien, avoir une idée, ce n’est pas de l’ordre de la communication, en tout cas. Et c’est à ça que je voudrais en venir, parce que cela fait partie des questions qui m’ont été très gentiment posées. Je veux dire à quel point tout ce dont on parle est irréductible à toute communication. Ce n’est pas grave. Ça veut dire quoi ? Cela veut dire, il me semble que, en un premier sens, on pourrait dire que la communication, c’est la transmission et la propagation d’une information. Or une information, c’est quoi ? C’est pas très compliqué, tout le monde le sait : une information, c’est un ensemble de mots d’ordre. Quand on vous informe, on vous dit ce que vous êtes sensés devoir croire. En d’autres termes : informer c’est faire circuler un mot d’ordre. Les déclarations de police sont dites, à juste titre, des communiqués ; on nous communique de l’information, c’est à dire, on nous dit ce que nous sommes censés être en état ou devoir croire, ce que nous sommes tenus de croire. Ou même pas de croire, mais de faire comme si l’on croyait, on ne nous demande pas de croire, on nous demande de nous comporter comme si nous le croyions. C’est ça l’information, la communication, et, indépendamment de ces mots d’ordre, et de la transmission de ces mots d’ordre, il n’y a pas de communication, il n’y a pas d’information. Ce qui revient à dire : que l’information, c’est exactement le système du contrôle. Et c’est vrai, je dis des platitudes, c’est évident. C’est évident, sauf que ça nous concerne particulièrement aujourd’hui. Ça nous concerne aujourd’hui parce que, et c’est vrai que nous entrons dans une société que l’on peut appeler une société de contrôle.