Or si l’on prend le temps d’observer ce qui s’éprouve réellement à Las Vegas en termes d’actes et de faits, force est de constater que cette expérience est surtout exceptionnelle par sa brièveté : elle se réduit à l’instant quasi irréel de l’émotion immédiate. Une expérience brutale, sauvage et instantanée, sans experientia ni experimentum, où ce qui est à proprement parler empirique disparaît tout de go sous une forme chimérique : res ficta.
Une expérience confinée au choc de l’impression soudaine qui n’a plus le temps de se décanter lentement dans le sentiment ou l’idée, de ses laisser éprouver, de se prolonger en souvenir frais, mais qui disparaît aussitôt qu’elle est apparue, comme un éclair sensoriel aussi intense qu’oublié, comme un stimulus sans réponse, où l’absence de réaction n’est tributaire que d’une nouvelle décharge.
Dans ce laboratoire vivant du jeu et de l’entertainment, le spectacle sous son ancienne forme du show est désormais entièrement révolu, il appartient à l’ère anachronique de la séparation et de la distance. Naît une période nouvelle, celle de l’interaction fusionnelle et virtuelle, des expériences directes in medias res qui vont nous laisser une marque violente mais fugace, un impact traumatique dans la peau, une blessure de plaisir qui nous fera dire : j’y étais.