Archive pour la catégorie 'Cinéma'

23
avr
08

La nuit du chasseur

La Nuit du chasseur

de Charles Laughton. États-Unis. 1955. 35mm. 93 mn.

Ohio, 1930. C’est la crise, la famine sévit. Ben Harper a volé pour nourrir sa famille. Avant d’être arrêté et condamné à mort, il confie à son fils John le secret de la cachette du butin qu’il a eu le temps de dissimuler. En prison, Ben partage sa cellule avec Harry Powell… Plus tard, celui-ci – faux prêcheur, tout de noir vêtu – s’introduit dans la famille Harper, bien décidé à récupérer l’argent.

Tout le cinéma en un film. La Nuit du chasseur est l’un des films les plus étranges et les plus beaux du cinéma américain. Le mot qui revient le plus souvent à son propos est “ aérolithe ”. En effet, il reste l’œuvre unique de l’acteur Charles Laughton qui, fort du feu vert du producteur Paul Gregory, fit le film à son idée sans tenir compte des canons du récit hollywoodien. Film hors norme, La Nuit du chasseur traverse tous les genres, mais ne se plie à aucun en particulier. En faisant confiance à Stanley Cortez (pour l’aspect visuel du film) et à Robert Mitchum (pour la composition du rôle de Harry Powell), en dirigeant les enfants non comme des petits singes mais comme de vraies personnes, en alternant les styles et les figures, en inventant un temps paradoxal qui est autant celui de la flânerie mythologique que celui du film policier, en se permettant, à travers Lillian Gish, un hommage à Griffith et aux débuts du cinéma, Laughton réussit en un sens le premier film “ cinéphile ” du cinéma, à la fois très cultivé et totalement innocent.

C’est sans doute pourquoi La Nuit du chasseur (qui n’eut à sa sortie qu’un succès d’estime) ne deviendra que progressivement le film phare qu’il est aujourd’hui. Très peu de films, en effet, donnent ce sentiment de se situer à la fois en amont et en aval du cinéma et d’en dominer toute l’évolution.


21
août
07

Un autre film

Qu’est-ce qu’un film ? Un film, c’est quelque chose qu’on voit comme ça, qu’on voit une fois et, souvent, c’est fini pour longtemps. Un film, c’est un objet extrêmement volatil qui n’a pas forcément besoin d’être constamment expliqué ou commenté mais prolongé. De toute façon, les films continuent à vivre en nous, même sans commentaires : nous en faisons nous-mêmes notre commentaire. Dans huit ou dix jours, ce film qu vous avez vu ce soir sera devenu autre chose. Des plans, des paroles en sortiront ; un nouveau film sera construit. On ne peut pas faire l’impasse sur ce prolongement. La mémoire des films n’est pas uniquement la mémoire de ce qui a été devant nos yeux à un moment donné. La mémoire des films, c’est la mémoire de tout ce qui, après, se sédimente ; le cinéma est fait de cette sédimentation. Aussi, si je ne pense pas qu’il y ait à expliquer les films, je crois qu’on peut essayer de les prolonger en dehors de toute visée commentative, interprétative. Le cinéma a besoin qu’on lui crée un espace de parole qui est un espace de sédimentation : c’est cela le rôle de la parole sur des films. Personnellement, quand je vois un film, j’ai envie de lire des choses dessus. Non pas pour qu’on m’explique, mais pour que ça le fasse résonner autrement, pour que ça crée d’autres connexions, pour que ça fasse vivre le film dans un espace élargi.