Archive pour février 2008

27
fév
08

Freud, l’enfance, le sexe

    A la question soulevée notamment par Rousseau : “Qu’est-ce que l’enfance ?” Freud répond que l’enfance est la scène de la constitution du sujet dans et par le désir, dans et par l’exercice du plaisir lié à des représentations d’objets. L’enfance fixe le cadre sexuel à l’intérieur duquel notre pensée, désormais, doit se tenir, si sublimées qu’en soit les opérations.

    Ce qui encore de nos jours fait la dimension subversive de cette thèse n’est pas qu’on lui objecte, bien au contraire, l’animalité de l’enfant et la nécessité de son dressage [thèse classique, celle de Descartes, par exemple]. L’obstacle est, a contrario, l’idée quel ‘enfant est un innocent, un petit ange,le dépôt de toutes nos rêveries faisandées, le petit réceptacle de toute l’eau de rose du monde. C’est ce qu’on voit dans les appels répétés à la délation, à la peine de mort et au lynchage immédiat, dès qu’il est question d’un rapport sexuel avec un enfant. Dans ces appels violents, devant quoi l’autorité publique a bien de la peine à rester impavide, il n’est jamais question, ce qui s’appelle jamais, de ce que Freud a mis en avant avec son courage ordinaire: que l’enfance, au plus loin de toute “innocence”, est un age d’or de l’expérimentation sexuelle sous toutes ses formes.

    Bien entendu, la loi doit dire qui est enfant et qui ne l’est pas, à quel age on dispose librement de son corps, et comment on punit ceux qui transgressent ces dispositions légales. [...] Cela dit, il est non seulement inutile, mais profondément réactionnaire et nuisible, d’en appeler pour ce faire à des représentations archaïques de l’enfance, au moralisme mensonger d’avant Freud, et d’oublier que de puissantes pulsions, une curiosité sexuelle toujours en éveil, structurent n’importe quelle enfance. [...]

    Ajoutons que ceux qui organisent pétitions, délations, sites Internet et lynchages incontrôlés à propos des pédophiles feraient bien d’examiner la structure pathogène, y compris sexuellement, de la famille. L’écrasante majorité des meurtres d’enfant son commis, non par de louches pédophiles célibataires, mais par les parents, et singulièrement par les mères. Et l’écrasante majorité des attouchements sexuels sont incestueux, à l’initiative, cette fois, des pères ou beaux-opères. Mais sur tout cela, motus et bouche cousue. Mères meurtrières et pères incestueux, infiniment plus répandus que les assassins pédophiles, ne figurent que malaisément dans le tableau idyllique des familles où l’on veut placer le rapport délicieux de parents citoyens et de leurs angéliques petits.

    Freud, lui n’a accepté aucune entrave, qu’elles qu’aient pu être ses propres réticences bourgeoises. Il a expliqué la pensée humaine à partir de la sexualité infantile, et nous a donné tous les moyens de comprendre ce qu’il y a de factice, de névrosé, de désespérant, dans l’univers familial.